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L'action des catholiques sociaux en France (13) : les catholiques à la pointe du combat social

L'action
des catholiques sociaux en France (13) : les catholiques à la pointe du combat social.
Une force de propositions de lois contrecarrée et récupérée ?
 Albert de Mun Le
nombre des propositions de lois émanant directement des catholiques
comme précurseurs dans le domaine est impressionnant : 52, de 1871
à1922 ! Ces propositions sont faites au nom des catholiques sociaux par
A.de Mun, Lecour Grandmaison, Mgr Freppel, l'abbé Lemire, Dausette,
Ramel, Gaillard-Bancel, Lerolle,Roulleaux-Dugage, Patureau Mirand, de
Castelnau...Si nous citons les noms, c'est qu'il y a un devoir de
mémoire et de reconnaissance d'un travail qui porta de nombreux fruits
dont bénéficie aujourd'hui la société française. Contrairement aux
allégations des adversaires politiques de l'époque et surtout de
l'époque suivante qui contribua à effacer la mémoire exacte de l'oeuvre
entreprise, on ne peut attribuer à d'autres la plupart de ces
initiatives malgré les tentatives de récupération de part et
d'autre.
Se
pose alors le problème des " droits d'auteurs" de loi en terme de lois
sociales. Il est certain qu'il faut nuancer les propos car dans le
domaine social, une idée d'amélioration fait aussi partie de l'air du
temps et peut émerger de plusieurs lieux et origines plus ou moins en
contact au même moment , les faits sociaux et leur analyse ainsi que
les remèdes à porter n'appartenant pas à un seul bord à la fois.
Par
contre, l'analyse historique exacte ne peut passer sous silence des
manoeuvres de récupération faciles à voir avec le recul de l'historien
: proposition par un bord, refus et blocage parlementaire par un autre
parti, puis reproposition et acceptation par ceux-là mêmes qui avaient
bloqué le processus, le temps de s'approprier l'idée et de réaliser
exactement ( mais en retard) ce qui avait été proposé et bloqué par
esprit de parti. Le phénomène n'est pas nouveau!
Exemples précis et détaillés, (source CERC) :
 Lénine ou la révolution pour la révolution. Il
faut bien distinguer. Parmi les adversaires politiques des chrétiens
sociaux, il y avait des des socialistes, dont l'idéal humanitaire était
incontestable et qui faisaient passer leur sollicitude pour les
défavorisés de la vie avant les petites combines parlementaires.
Ceux-là, bien entendu, n'hésitaient pas à voter les réformes
indispensables. Seulement, il faut bien se rappeler que le courant
socialiste était pénétré par l'anarchisme et appliquait avant la lettre
le principe de Lénine, selon lequel la réforme n'est rien, seule compte
la révolution; la réforme pouvait même être considérée comme néfaste,
dans la mesure où elle peut aboutir à une diminution du potentiel
révolutionnaire. ( Voir notre article sur la CFTC et la différence en pratique sur le terrain entre un syndicat réformiste ou révolutionnaire)
Il
faut bien avoir ces considérations présentes à l'esprit, si l'on veut
comprendre le drame qu'ont vécu certains pionniers de la réforme
sociale. Mais à vrai dire, il faut avoir lu aussi un certain nombre de
doctrinaires marxistes pour se rendre compte qu'ils étaient davantage
préoccupés de faire triompher leur idéologie que d'améliorer vraiment
la condition prolétarienne, et que pour ce faire, ils n'hésitaient
jamais à faire obstacle à une législation sociale dont l'application
aurait montré l'inutilité de la révolution.
Prenons trois exemples :
 Les premiers congés payés.
1)
Dès 1883, Albert de Mun propose aux syndicats mixtes le droit
d'acquérir et de recevoir des dons et des legs, afin de permettre la
création d'institutions de prévoyance contre la maladie, les accidents
et le chômage. Ses amendements sont repoussés. Et lorsque 37 ans (!)
plus tard la loi accorde enfin aux syndicats la personnalité civile et
le droit de posséder, la majorité des socialistes et des syndicalistes
critiquent cette législation. Mais allez donc aujourd'hui faire
admettre à des syndicalistes que l'essort des syndicats a été entravé à
la fin du XIX et au début du XXème siècle par ceux-là mêmes qui se
proclamaient les défenseurs du peuple!
2)
Lorsqu'à l'exemple de l'industriel grenoblois Romanet, qui avait
instauré le salaire familial, des patrons créent des caisses de
compensation qui reçoivent des cotisations et qui distribuent aux
travailleurs un supplément de salaire, proportionné au nombre
d'enfants, la CGT et la CGTU s'élèvent contre cette pratique, pourtant
éminemment bénéfique pour les travailleurs. Dans une motion de son
congrès de 1929, la CGT condamne même publiquement le principe de
sursalaire familial, qui n'est autre en définitive que le
principe...des ALLOCATIONS FAMILIALES!
3)
Le 2 juillet 1931, la chambre des députés examinait un projet de loi
instituant un congé annuel pour les travailleurs, une proposition de
loi de m. Ennemond payen, qui reprenait son précédant texte ( déposé
trois ans plus tôt le 23 juin 1928), tendant à accorder un congé annuel
payé d'une semaine, et une proposition de résolution de M.M Taurines,
Neyret et Boyer, invitant le gouvernement à déposer et à faire voter
dans le plus bref délai possible, un projet de loi instituant des
congés annuels. Tous les auteurs de ces textes appartenaient à la
majorité ( de droite ou du centre) qui soutenait le gouvernement
Poincaré. Les discussions aboutirent ce même 2 juillet 1931 au vote
d'un projet instituant les congés payés obligatoires d'une durée d'une
semaine et de quinze jours ( après respectivement un ou deux ans de
présence dans l'entreprise). Malheureusement, cette mesure sociale
capitale fut repoussée par le Sénat, qui était alors...à gauche! 5ans (
de retard) plus tard, ces congés payés qui ont toujours eu la faveur et
les efforts des chrétiens sociaux véritables à ne pas confondre avec
certains conservateurs étriqués et égoïstes, donc 5 ans de retard plus
tard ces congés payés sont instaurés au mépris total de leurs premiers
et authentiques promoteurs.
Il
est donc historiquement juste de rappeller aux catholiques que du plus
humble militant jusqu'à Léon XIII ( et sa célèbre encyclique RERUM
NOVARUM), il ya toujours eu des catholiques à la pointe du combat
social. Avec le recul aujourd'hui et la chute des idéologies, après la
chute du mur de Berlin et des régimes révolutionnaires, on peut sans
complexe continuer cette lutte pour la réforme sociale, en déjouant les
pièges politiques de l'esprit de parti et en continuant d'apporter à la
démocratie le précieux apport de la Doctrine Sociale de l'Eglise.
Essai de conclusion : urgence de la formation pour continuer l'oeuvre des catholiques sociaux.
Les
forces politiques en présence se contrecarrent, et il ne faut pas s'en
étonner. Ainsi le patronat chrétien fut contrecarré par le patronat
libéral, malgré des initiatives comme dès 1891 de L'Union fraternelle
du Commerce et de l'Industrie, qui n'était pas un syndicat patronal et
dont les résultats furent très modestes. En 1896, les Unions Fédérales
font un pas de plus avec des commissions mixtes ouvriers-patrons et une
" oreille" des commissions parlementaires ; en 1926, grâce à Joseph
Zanansky, les mouvements patronaux fusionnent en CFP : Confédération
française des Professions.
Cependant,
il reste ce problème de fond du patron chrétien sincère au foyer, mais
patron gérant sans référence à sa foi et sans formation réelle en
Doctrine Sociale de l'Eglise. L'aspect de formation à la Doctrine
sociale reste primordial dans ce domaine pour un véritable rayonnement
catholique social de la part des patrons. La même formation est aussi
indispensable dans l'entreprise du côté des travailleurs, dans les
syndicats mixtes ou non mixtes, de manière à profiter de l'expérience
et de la réflexion accumulées depuis le XIXème siècle, et mise à portée
de tous par le Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise en
particulier, ainsi que par les encycliques sociales des papes. Cela
permettrait de ne pas perdre les acquis sociaux pour lesquels les
catholiques ont longuement oeuvré et peuvent être fiers, tout ce
travail de longue haleine méritant de précises recherches historiques
notamment au niveau local, afin de transmettre la mémoire de ce qui a
été entrepris et de continuer l'oeuvre sociale catholique dans l'esprit
de Gaudium et Spes. Nous citons ce passage du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Eglise,
ce rappel fondamental de la "préoccupation pastorale de l'Eglise pour
les problèmes des hommes et le dialogue avec le monde" et encouragement
à poursuivre l'oeuvre sociale destinée " à rendre visible la présence
de Dieu dans le monde".
 96 La Constitution pastorale « Gaudium et spes » 172 du
Concile Vatican II constitue une réponse significative de l'Église aux
attentes du monde contemporain. Dans cette Constitution, « en syntonie
avec le renouveau ecclésiologique, se reflète une nouvelle conception
de la communauté des croyants et du peuple de Dieu. La Constitution
conciliaire a ainsi suscité un nouvel intérêt pour la doctrine contenue
dans les documents précédents au sujet du témoignage et de la vie des
chrétiens comme voies authentiques pour rendre visible la présence de
Dieu dans le monde ».173 « Gaudium et spes » trace le visage d'une Église « intimement solidaire du genre humain et de son histoire »,174 qui
chemine avec toute l'humanité et qui est sujette, avec le monde, au
même sort terrestre, tout en étant « le ferment et, pour ainsi dire,
l'âme de la société humaine appelée à être renouvelée dans le Christ et
transformée en famille de Dieu ».175
« Gaudium et spes »
affronte de manière organique les thèmes de la culture, de la vie
économique et sociale, du mariage et de la famille, de la communauté
politique, de la paix et de la communauté des peuples, à la lumière de
la vision anthropologique chrétienne et de la mission de l'Église. Tout
est considéré à partir de la personne et en direction de la personne: «
seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même ».176 La société, ses structures et son développement doivent être finalisés à « l'essor de la personne ».177 Pour
la première fois, le Magistère de l'Église, à son plus haut niveau,
s'exprime de manière aussi large sur les différents aspects temporels
de la vie chrétienne: « On doit reconnaître que l'attention apportée
par la Constitution aux changements sociaux, psychologiques,
politiques, économiques, moraux et religieux a stimulé toujours plus
(...) la préoccupation pastorale de l'Église pour les problèmes des
hommes et le dialogue avec le monde ».178
P. Y. Bonnet
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